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INTERVIEW
FRANCE-TERROIRS
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2005 | VENDANGES
2006 |
INTERVIEW
www.Terroirs-France.
com
Journaliste Philippe Blasco
French Wine Guide.
Monsieur
Billaud-Simon, nous commençons par une question qui peut être difficile à
vos yeux.
Le style des vins du Domaine BILLAUD-SIMON est très expressif, pouvez-vous nous le décrire ?
Le style des vins
du Domaine BILLAUD-SIMON se singularise par :
Fraîcheur. Vivacité. Fruits mûrs. Élégance. Équilibre.
Harmonie aérienne. Tendre et passionné.
Des
Chablis d’Or et de Lumière.
-
Oeil :
Très belle robe jaune, or pâle à léger
reflet vert, brillante, lumineuse et limpide.
Aspect jeune.
-
Nez :
Puissance, générosité et volume, les fruits sont mûrs. Il s’en dégage
une palette aromatique très riche, rehaussée d’un minéral iodé. La
netteté, la précision et la fraîcheur conjuguent un ensemble équilibré
et harmonieux.
-
Bouche :
Rondeur, richesse et volume se combinent à la puissance pour former un tout
compact, dense et homogène. Le moelleux important est parfaitement équilibré
avec une vivacité franche et souriante.
-
En
milieu de bouche, les fleurs et les fruits dominent l’espace.
La finale, longue, très longue
laisse le terroir s’exprimer en profondeur pour nous offrir longtemps le
souvenir d’un vin racé, riche et puissant. La bouche se termine sur une
fraîcheur citron iode, une émotion aérienne qui enveloppe
la voûte du
palais.
‘’C’est
le résultat d’une longue démarche collective, incluant tous le personnel
de la vigne, de la cave, motivés autour d’un projet d’entreprise dont
l’objectif premier est :
l’écriture
du terroir,
La qualité Oenologique des vins,
Le respect de la tradition et de l’environnement.’’
(quelques exemples du programme).
-
Taille Guyot double et Guyot
simple en fonction des sols et de la topographie des parcelles.
-
Surveillance de l’état sanitaire
de la vigne et des fruits.
-
Décision réfléchie et
analyses des raisins à l’approche des vendanges.
-
Vendanges manuelles pour les
Grands Crus et les Premiers Crus, vendanges mécaniques pour
l’appellation Chablis et Petit Chablis.
-
Qualité du transport des
raisins de la vigne aux pressoirs.
-
Technologie sophistiquée des
matériels de remplissage, des presses et des équipements de
vinification.
-
Débourbage des jus de raisin
à basse température, hors de l’oxygène.
-
Maîtrise exacte à chaque
stade des vinifications, avec un respect absolu du produit et de la
tradition.
-
Élevage des vins sur lies fines et
parfaitement propres, sur une période de 12 à 18 mois.
-
Une hygiène environnementale irréprochable.
Vous
possédez quelques-unes des meilleures parcelles du terroir de Chablis,
pouvez-vous nous les présenter et souligner leurs apports au vin ?
‘’Comme
toutes les vieilles familles de vignerons de Chablis, Le Domaine
BILLAUD-SIMON y est installé depuis 1815.
Au cœur du vignoble, sur les veines les plus denses du Kimméridgien et les
mieux exposées géographiquement.
Ces Grands Terroirs d’exception totalisent environ 2000 hectares répartis
sur la rive droite et la rive gauche de la rivière dénommée le
Serein.’’
Un
Grand Cru :
composé de 7 climats qui totalisent une surface de
90 hectares.
Le
Domaine est propriétaire de 2 hectares incluant Les Blanchots,
Les Clos, Vaudésir, et Les Preuses.
(production moyenne en Grand Cru environ
12 000 bouteilles)
Un
Premier Cru :
sur 500 hectares, avec 10 à 12 climats connus.
Le
Domaine est propriétaire de 10 hectares répartis sur les climats Montée
de Tonnerre, Mont de Milieu, Fourchaume
et Les Vaillons.
(production moyenne en Premier Cru environ
59 450 bouteilles)
Les
appellations Chablis et Petit Chablis complètent les 20 hectares en propriété
du Domaine.
La production annuelle du Domaine est d’environ 140 000 bouteilles.
La
rive droite du vignoble. Ses
Grands Crus, ses vins.
Exposition
Sud Sud-Est.
7
climats classés Grands Crus, (de droite vers la gauche), Les Blanchots, Les
Clos, Valmur, Grenouille, Vaudésir, Les Preuses, Bougros.
Sur cette rive, vers la droite se prolonge les premiers Crus Montée de
Tonnerre et Mont de Milieu.
Sur la gauche, Fourchaume.
Au
bas des coteaux, l’appellation Chablis, sur les plateaux, l’appellation
Petit Chablis.
‘’La
géologie et la géographie de ces terroirs donnent des vins complexes et
charpentés, avec un fort potentiel minéral iodé.
Ils
révèlent une palette de fruits exotiques, à la chair jaune, pamplemousse
rose, mangue, litchi, abricot…Avec des notes épicées. Le floral minéral
est plus voluptueux : pivoine, citronnelle, bourgeons de sapin, tabac
blond…’’
La rive gauche du vignoble. Premiers
Crus et Chablis.
Exposition Sud Sud-Ouest.
Elle produit des premiers
Crus, Les Vaillons, Montmain, Les forêts, Les Lys, Côte de l’Échet,
Secher, Butteaux etc…
L’appellation Chablis et
Petit Chablis.
Le minéral iodé est bien
marqué CHABLIS, sur une base de citron, il révèle des arômes de fruits
à la chair blanche, pêche de vigne, pomme reinette, poire… Le floral évoque
la délicate fraîcheur du pétale blanc de l’aubépine et la suavité
moelleuse de la fleur d’acacia. Des vins complexes chargés de minéralité
iodée,
ils seront plus rapidement accessibles.
‘’La
grande richesse de ces terroirs propose une large gamme de vins de Chablis
qui, sur une base
commune, minérale, citron, iode, révèle l’environnement du climat dans
lequel il est produit avec précision,
pour qui saura l’extraire, le magnifier, lui donner ses lettres de
noblesse.’’
On
dit des vins de Billaud-Simon qu’ils sont résolument modernes, comment définiriez-vous
un vin moderne
aujourd’hui ?
‘’Si
la notion de modernité résulte du fait qu’un vin qui exalte de fraîcheur,
respire la propreté, la netteté,
le fruit mûr gorgé de soleil, dans lequel, on croque à pleine bouche…
Que
l’acidité, la verdeur et l’astringence n’est pas de mise.
Que
son équilibre se trouve dans la dualité de ses composants pour en exprimer
la richesse dans une
voluptueuse émotion…
Alors,
BILLAUD-SIMON produit des vins modernes.
Personnellement,
je ne partage pas cette notion de modernité en ce qui concerne le vin et je
n’y trouve pas
dans mes recherches et dans mon travail le moindre sens.
Hors
de toute notion de temps, de mode et de génération, pour moi, le vin
doit naître de l’honnêteté du
vigneron, de la justesse de son discours, de son courage au travail, de
l’utilisation judicieuse des moyens techniques
et surtout de sa volonté
à toujours mieux faire dans le respect de l’environnement.
Ce
que l’on doit craindre, déplorer, voire dénoncer, ce n’est pas la
modernité mais le manque d’éthique professionnel,
le non respect de la
nature.
Les
‘’pisse au vin’’ qui font légion ?
Le
vigneron est avant toute un artisan. Il doit toujours communier avec la
nature, au risque de perdre son
âme.
Vous
avez modernisé votre chai il y a une quinzaine d’années, pourquoi la
modernisation est elle si importante
à Chablis?
Moderniser
l’outil de travail : Une impérative nécessitée.
Quelque soit le ou les vignobles de France.
Être de son temps, c’est profiter du savoir faire de l’autre.
C’est
mettre au profit de sa curiosité, de ses ambitions, les moyens techniques
et technologiques les mieux
adaptés pour une réponse précise.
L’œnologie
est la science qui nous a permis d’avancer dans notre métier tout en
respectant notre propre
mémoire et notre identité de vigneron.
Elle
nous a proposé de la rigueur, de la méthode, de la maîtrise,
de l’hygiène,
des constats scientifiquement établis par l’analyse.
Elle
a mis en valeur le besoin indispensable des équipements techniques et
modernes, appropriés aux
objectifs de l’entreprise.
Comme
nous, et avec nous les vignerons, elle découvre le grand mystère du vin,
elle avance pas à pas avec ses vérités et aussi quelques fois ses erreurs humaines.
‘’Le
tandem, vigneron Œnologue forge la modernité du métier.
L’informatique
donne les moyens de
véritablement constituer une mémoire.
Les Grands Vins n’en sont pas pour autant plus modernes.
Par contre, ils sont mieux élaborés, avec plus de précision, plus de vérité
dans le verre. ‘’
Est-il
encore possible d’innover et dans quelles directions ?
Se
gorger d’un savoir…Quelle vanité, quel affront à la nature, à la
vigne, au vin.
Le
vigneron se doit d’enrichir sa mémoire au travers des anciens, mais aussi
il doit être très proche de ses
contemporains. Sa curiosité sera le
moteur de son innovation à la vigne comme à la cave.
L’évolution
des technologies appliquées, station météorologique, analyses foliaires,
méthode et culture de la
vigne, amendements, couvertures phytosanitaires,
l’œnologie etc…
Tous
ces moyens et ce savoir faire doivent rapprocher le vigneron de la nature,
amplifier son respect et
enrichir sa compréhension pour œuvrer avec justesse et responsabilité
dans l’élaboration des vins
d’aujourd’hui et plus encore demain.
Les
hommes, la vigne, le vin sont indissociables.
Les recherches du jour
et les travaux de demain seront conduits au travers de cette chaîne humaine
et
technique. Elle seule peut permettre d’accéder et prétendre au véritable
discours sur la qualité.
Le reste : une
triste utopie de salon.
Quelle
est l’importance du terroir par opposition à la technologie et la
modernisation ?
Le
terroir est un prêt de la nature, il est capital fragile et irremplaçable.
Il
n’est pas extensible, comme voudrait le faire croire la cupidité et le
mensonge de certains soi-disant
vignerons.
L’harmonie entre
le terroir, le vigneron et la technologie se doit d’être toujours d’un
parfait équilibre.
C’est
le manque de respect, la négligence, le mensonge qui engendrent des
oppositions et des
discordances.
Particulièrement
en matière de Grands Vins, le terroir est primordial, le vigneron apportera
avec mesure les
outils appropriés pour révéler, par la vigne, par le fruit le goût et
les senteurs de la terre profonde.
La
technologie et les moyens appliqués aux cultures, certes
indispensables, seront maîtrisés
au risque
de tout perdre.
D’ou provient la fameuse minéralité du
Chablis ?
Pour comprendre les origines géologiques
du terroir de Chablis, il faut remonter à l’ère secondaire où se
sont constituées dans les fonds marins les
couches (argilo-calcaire) du kimméridgien.
(argile blanche et coquillages
fossilisés. L’Ostréa virgula).
Cette géologie, fortement chargée
en iode,
se transmet des racines au fruit du Chardonnay.
Elle affirme au vin de
Chablis un caractère unique et inimitable.
La très grande majorité de vos vins ne sont
pas élevés dans du chêne, pourquoi ce choix et qu’est ce
que ça apporte au vin ?
La précision dans
l’écriture du climat.
La netteté des arômes
et la fraîcheur du fruit.
Une émotion aérienne
du vin en bouche.
Une dualité fruit minéral
sans masque, sans droit à l’erreur.
‘’Appliquer une méthode
de vinification et choisir les contenants découlent d’une réflexion et
de l’intime perception que le vigneron a de ses terroirs, de
l’environnement et de l’idée qu’il se fait du vin.
Pour
Billaud-Simon, la lumière à
Chablis est une lumière froide et blanche, en opposition à la côte
d’Or,
avec sa lumière plus chaude, donc plus rouge.
Cette différence est marquée dans la robe des vins, la nature affirme son
lieu géographique.
A chablis, la robe est or pâle avec ses contours irisés verts bien
visibles dans la mire du verre.
Le terroir, comme nous l’avons
constaté, est d’origine marine, composé de calcaire
froid et iodé.
La présence vanillée issue de la vinification en fûts de chêne, me
semble pas toujours compatible selon les millésimes avec le ‘’ citron
du fruit, le salé de l’iode.
Pour rester dans la note marine du
vin de Chablis, le bois devra se faire très discret.
Il ne devra en aucun cas devenir un masque qui cacherait la faiblesse du
terroir ou la pauvreté du millésime
ou le savoir faire du vigneron.’’
Les deux écoles sont appliquées à
Chablis, l’une comme l’autre demande du doigté,
de la maîtrise et surtout un élevage sur lies fines pour obtenir
l’enrichissement et la matière indispensable
à tout Grand Vin.
‘’Le minéral, véritable
architecture, droite et audacieuse, encadre le monde des arômes et des senteurs
dans un espace de résonance et de vie unique et
inimitable…C’est CHABLIS.’’
Vous développez la technique de l’ébourgeonnage
avec succès semble-t-il, pouvez -vous nous
l’expliquer et nous dire qu’est ce que ça apporte au vin ?
Maîtriser
les rendements.
‘’L’ébourgeonnage au
printemps est à mes yeux le
seul moyen de réguler et de maîtriser le rendement en
raisins d’une vigne.’’
Il demande de la part du vigneron
d’anticiper sur le volume de la future récolte au moment où celle-ci est
particulièrement menacée par les gelées de printemps fréquentes à Chablis.
Le risque économique est
volontaire, prétendre œuvrer pour plus de qualité passe obligatoirement
par des
risques.
Naturel : Gelée, grêle…,
etc.
Décision, économiques, choix
ambition.
17 bourgeons sur un pied de vigne, sélectionnés
par le vigneron, ordonnés et espacés sur toute la surface
du cep assurent des conditions optimales de
croissance, de concentration des jus et de maturation des
fruits.
Pourquoi
l’ébourgeonnage au printemps
Au Domaine BILLAUD-SIMON :
-
Maîtriser
le rendement à 17 grappes par cep.
-
Répartition
réfléchie et ordonnée des grappes sur les charpentes. (taille Guyot
double et simple).
-
Aération,
bonne ventilation générale du cep, supprimer les entassements de
la végétation ou des fruits.
-
Une
surface foliaire allongée et équilibrée. Grande feuille mère saine et
bien
verte. (photosynthèse).
-
Ménager
le végétal pour maîtriser les apports en engrais.
-
Souche
et végétal plus résistants aux maladies et aux champignons.
-
Supprimer
la surabondance des traitements phytosanitaires (couverture parapluie).
-
Supprimer
les traitements anti-pourriture.
-
Assurer
une parfaite maturité des fruits.
-
Des
jus plus concentrés et plus riches.
-
Une
vendange manuelle plus rapide, facilitée, saine et agréable.
-
La
future taille aisée et plus rapide sur une charpente bien ordonnée.
Vous ne pratiquez pas la vendange en vert,
pourquoi ?
De notre expérience, la vendange en
vert est un constat d’échec, puisqu’elle est pratiquée en juillet pour
pallier à une surcharge de production de
raisins.
Elle se pratique à un moment où la
souche est fatiguée d’avoir nourri une quantité de raisins inutilement,
ce qui généralise une production de fruits exempte
de toute concentration, donc diluée.
- L’ablation
des raisins en trop, décidée tardivement a pour effet de gonfler et gorger
d’eau les raisins restants.
- Les
grappes deviennent alors démesurées dans la grosseur et produisent
un jus dilué.
Fatiguée, la vigne devra être
soutenue par un apport d’engrais plus important pour assurer la nouvelle
production.
Fragilisée, elle est plus sensible
aux maladies, le risque d’accroître les traitements phytosanitaires est
multiplié par 2.
La végétation n’a pas été ordonnancée et maîtrisée
par le vigneron, les entassements des raisins sont le
résultat d’une végétation
livrée à elle-même.
L’état sanitaire des fruits est
très menacé par un manque d’aération et une humectation importante du
cep.
Le risque de pourriture grise est
amplifié sur des raisins encore verts.
La bonne maturité des fruits est très
compromise…
Le vigneron est seul arbitre de ses
choix, en fonction de ses ambitions et de la perception qu’il a de son
éthique professionnelle et du projet de son
entreprise.
Vous avez la réputation de tout mettre en œuvre
pour faire de la qualité et donc vous prônez depuis longtemps
une maîtrise
raisonnée de la culture et de la production, comment vous y parvenez-vous ?
Il est simple à comprendre que le métier de
vigneron est avant tout l’implication des hommes artisans de la vigne au
service et à l’écoute de la nature.
L’exploitation à grande échelle
sur des surfaces de plusieurs dizaines d’hectares éloigne automatiquement
cette idée d’artisanat. Elle me semble capitale
pour prétendre produire des vins d’exception.
Le vigneron artisan chef
d’entreprise, doit percevoir et mesurer ses capacités à construire son exploitation à une échelle humaine.
Pour réaliser et parfaire la qualité,
il convient de mettre en œuvre des moyens humains et des outils
appropriés.
L’application manuelle du métier
de la vigne est très importante, elle est le maillon fort de toute élaboration
et réussite d’un millésime.
Pour obtenir des résultats
significatifs de maîtrise donc de qualité, il conviendra de confier à un
vigneron
qualifié une surface annuelle d’exploitation inférieure à 3
hectares. (2 hectares est la bonne surface).
Les équipements et les matériels
d’intervention devront être des plus techniques donc actuels.
Tracteur,
pulvérisateur, station météorologique, informatique etc.
Ces matériels seront choisis selon un projet de culture élaboré par une
équipe soucieuse et consciente que
la raison de travailler reste motivée par la
constante recherche de la qualité et le respect de l’environnement.
Chez BILLAUD-SIMON, la réflexion et
l’information sont collectives, l’ouverture à des conseils extérieurs
apporte à l’équipe vigne et cave l’analyse, l’observation, l’évolution pour des applications comprises et
voulues de tous.
L’intégrisme de l’idée et de
sa mise en oeuvre n’est pas de mise.
Par contre, l’ensemble des actions
culturales et les résultats obtenus sont systématiquement informatisés
pour construire la mémoire des millésimes à la vigne comme à la cave.
Elles sont l’interpénétration de
la bio-dynamie, avec la culture traditionnelle raisonnée pour toujours plus de qualité.
Les vendanges 2004 semblent s’être passées
dans des conditions satisfaisantes, voulez-vous nous
donner des indications sur le millésime 2004 ?
L’année 2004 se
caractérise en France par une production en sur-abondance de fruits.
La maîtrise des
rendements devenait une obligation pour qui voulait prétendre faire un bon
millésime.
Notre vignoble bien ébourgeonné
au printemps, sans gelées et bien conduit durant tout l’été,
s’inscrit dans cette prétention.
Le millésime 2004
doit ses qualités au mois de septembre.
Le mois d’août avec
un ensoleillement moyen, voir faible n’a pas chargé les raisins en
glucose (alcool).
Le risque de vin dilué
est la principale faiblesse du millésime.
La non maîtrise des
rendements fera la différence entre les Domaines.
La production moyenne
en France se situe entre 60 hectolitres et Plus de 200 hectolitres par
hectare.
Il est inconvenant d’évoquer une Qualité A.O.C dans ces
conditions.
Le millésime 2004
n’est pas un millésime de puissance, pour se souvenir, comme se
plaisaient à le dire nos anciens :
‘’Août
charge les vins en alcool,
Septembre construit la finesse, l’élégance et
Imprime la marque du terroir’’.
L’élégance du
fruit, la délicatesse du minéral iodé apportent au millésime des
superbes notes de fraîcheur, de pureté qui, dans la jeunesse et adulte (4
à 8 ans) seront l’expression des vins de plaisir et d’émotion.
Certes, il ne sera pas
de grande garde à l’égal du millésime 2002. Sa jeunesse, sa richesse
florale sauront séduire immédiatement l’amateur de vin bien typé
Chablis.
Et à propos des millésimes récents, depuis 2000, lesquels
conseillez-vous ?
Les millésimes 2000 et 2001 sont
des millésimes à consommer actuellement, pour l’appellation Chablis et
l’appellation Premier Cru.
Les Grands Crus sont toujours sur
leur réserve, ils trouveront leur plénitude en 2007/2008.
Le Grand millésime est
incontestablement le 2002, par son équilibre de perfection, la matière et
le corps qui
le caractérise.
Il est l’expression même d’un
Grand Chablis classique de garde et d’attente.
A oublier pour le découvrir dans sa
plénitude d’adulte en 2010 pour les Premiers Crus et 2012 pour les
Grands
Crus.
Le millésime 2003 reste une
interrogation, sa richesse de matière et sa concentration le placent en
dehors
des millésimes produits à Chablis depuis longtemps.
Une année exceptionnelle par son
climat, la mémoire d’un millésime éventuellement comparable remonterait
au très fameux millésime 47, issu lui aussi de grandes chaleurs, mais
moins violentes, plus étalées dans le
temps.
Là peut-être se trouve la différence ?
Magnifique au présent, à
surveiller dans son vieillissement.
2004 une certitude, de l’élégance
aux accents bien Chablis. Il est prématuré à ce jour de se prononcer,
les
fermentations malolactiques ne sont pas toutes terminées, les vins sont
encore chargés en gaz,
nous serons plus à même de les découvrir en mars,/avril 2005.
A partir de quand, conseillez-vous de déguster
une bouteille de BILLAUD-SIMON (combien de temps doit on la
conserver en
cave) ?
Les vinifications au Domaine
BILLAUD-SIMON sont conduites de manière à extraire et à révéler la matière
et les arômes de chaque climat de Chablis.
Jeunes, ils s’expriment sur la
richesse du fruit bien mûr avec une sensation suave du sucré salé.
Le minéral iodé est en
accompagnement, véritable architecture du vin.
La fraîcheur des 5 premières années,
explose de senteurs de fleurs, de fruits, de végétal d’un printemps
toujours renaissant.
Adulte, entre 6 à 10 ans,
l’harmonie entre le floral, le fruit et le minéral iodé trouve son équilibre
et exprime
toute la profondeur et la longueur du vin.
Cette période bénie des dieux peut
selon le millésime se prolonger durant de nombreuses années.
(je précise
que le conditionnement en magnum 1500 ml est certainement le contenant le
mieux adapté
pour la vie du vin destiné au vieillissement dans une cave ni
trop sèche, ni trop humide et à température
constante entre 11/14 degrés
centigrades).
Vieux, 15 ans et plus, le minéral
domine le fruit, le terroir parle en profondeur, du sous-bois, du mousseron,
bourgeon de sapin, cire d’abeille, résine, cuir, truffe, térébenthine,notes
foxées, encens et myrrhe.
Quelle est la différence entre un Chablis grand
Cru et un Chablis Premier Cru,
qu’y a t’il de plus dans un grand Cru ?
Les Grands Crus
monopolisent et occupent les marnes les plus concentrées du kimméridgien
et les mieux exposées géographiquement.
Au nombre de 7
climats, ils sont le fleuron de l’appellation, A.O.C. Chablis.
Cette situation
exceptionnelle dans tout le vignoble confère aux vins une très grande
richesse aromatique, une structure minérale profonde aux accents iodés, de
la rondeur et du gras pour enrichir et se prolonger infiniment en bouche.
Racés, complexes, armés
pour vieillir, ils demandent plus de temps pour s’épanouir et se dévoiler.
Les Grands Crus de
Chablis rivalisent avec leurs cousins de la côte d’Or.
Ce sont
incontestablement les Grandes pointures des vins blancs de la Bourgogne.
Les Premiers Crus,
excepté le Montée de Tonnerre qui est construit comme un Grand Cru, de minéralité,
d’amplitude, de rondeur et de gras, sont plus vite accessibles, plus
floraux, rondeur et gras s’équilibrent
sur des émotions aériennes.
Plus rapidement
ouverts.
Quelles sont les différences entre vos 3 Grands
Crus : Vaudésir, Les Preuses, Les Clos ?
Construit dans les grandes lignes
d’une façon qui semblerait identique au prime abord, chaque climat à
Chablis impose sa
différence par la géologie et
l’orientation géographique expliquée dans les paragraphes
précédents
mais aussi par la topographie qui sera
le reflet du caractère de chaque vin.
La topographie des Clos et des
Preuses ont un air de famille par l’aspect ventru et généreux de leur
colline respective. Les Clos seront néanmoins plus puissants, plus charpentés,
avec un équilibre du fruit et de la minéralité inégalée.
Le Grand Cru
Les Clos domine tous les autres, quelque soit le millésime.
La synthèse qu’il conjugue nous
donne l’exellence de ce qu’est un Grand Chablis.
Les Preuses avec une topographie
plus en douceur, comparable à un mamelon, le vin est plus rond, plus
soyeux, élégant et aéré comme une dentelle, il s’impose en Grand Cru
parmi les plus grands par sa très
grande délicatesse.
Vaudésir, la topographie est en
contraste. Fortement pentue elle se termine en cirque. Le climat y est par
ce fait plus brutal, en été la température est la plus élevée de tout
le vignoble.
Le vin, tout en puissance, robuste,
voir brutal dans sa jeunesse demande plus de temps pour asseoir et
ordonner
ses grandes qualités de Grand Cru. Il est le plus roman dans son
architecture.
Les Blanchots, notre N° 4 Grand Cru
, est lui aussi issu d’une topographie accidentée mais ouverte sur un
large couloir. Les variations climatiques ne sont pas à l’égal de Vaudésir.
Plus aérées elles sont comparables à son voisin les Clos. C’est la minéralité
qui domine, elle s’impose sur
le fruit comme le Montée de Tonnerre son
voisin d’en face. Tout est richesse, puissance, presque excessif.
Pour ces raisons, nous avons fait le
choix de vinifier ce Grand Cru en fûts de 4 à 5 vins pour bénéficier de
l’oxydation ménagée que procure le bois.
Tous ces vins sont élevés sur
leurs lies fines durant 18 mois. Vient ensuite la mise en bouteilles et en
magnums pour les cuvées de garde.
Les blanchots, il faudra les
attendre sagement pour profiter d’un moment de délice inoubliable.
Un mot sur le petit Chablis, il me semble que
vous accordez de l’importance à ce vin.
C’est en dégustant la plus petite
appellation d’un vignoble, d’une cave, que l’on mesure la grandeur du
vignoble et l’honnêteté du savoir faire du vigneron.
Cette vérité, je la partage et la
fait mienne.
Une appellation dite petite présente
par la simplicité de ses composants un véritable challenge pour le
vinificateur.
La faute n’est pas permise, rien
ne pourra la rattraper.
La matière, les arômes, la fraîcheur
du fruit, tout est présent mais sans plus et sans abondance.
Modeste est le terroir, difficile,
mais possible l’excellence.
Chaque acte sera mesuré au plus
juste, au plus précis dans le temps.
L’idée et la perception que
l’on se fait de l’académie d’une appellation trouvera, dans la
simplicité des jus
de la ‘’petite Appellation’’ les bases de
travail indispensables à toute réussite de vinification des autres
appellations
plus avantagées par leur naissance.
Samuel Billaud a moins de 30 ans et semble
promis à un bel avenir, qu’elle est son importance dans la réalisation
de vos vins aujourd’hui, quelle sont ses qualités et comment vous répartissez
vous les taches ?
Samuel, a maintenant plus de 30 ans.
Il a intégré le Domaine familial en 1991. Encadré par ses pairs,
il fait
ses premières armes sur ce millésime.
Discipliné et attentionné, il
prend progressivement une part
significative dans l’application méthodique
de l’élaboration des vins.
A mon âge, avec les expériences de
la
vie, la responsabilité générale du Domaine m’incombe
encore pour des années que j’espère constructives
pour les
partager avec l’équipe BILLAUD-SIMON.
Le temps est formateur et les
perspectives d’avenirs se
construisent dans le temps pour le devenir de
chacun.
Est-ce que la propriété BILLAUD-SIMON se
visite, et concrètement comment ça se passe ?
Sur rendez-vous, je reçois
personnellement des visiteurs
(6 personnes).
Dégustation d’un vin des 4 climats et si le temps le permet visite du
vignoble.
(Dégustation remboursée sur achat).
Que préconisez-vous pour améliorer la
communication et la commercialisation des vins de France
dans son ensemble ?
En France, où se trouve la priorité,
améliorer la communication ou travailler sur la qualité… ?
Sans une profonde réforme sur les
A.O.C.,ce qui automatiquement recadrera la qualité dans nos vignobles,
les
investissements en communication resteront lettre morte.
La France viticole
souffre de sa légèreté, de sa désinvolture, d’un certain manquement à
son éthique professionnelle.
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